En partenariat avec

Microbiote et troubles fonctionnels intestinaux

Article

« La composition du microbiote a une influence sur le transit et la sévérité des troubles »

Parfois sujet d’incompréhension entre le patient et son médecin, les troubles fonctionnels intestinaux ou syndrome de l’intestin irritable (SII) sont des symptômes chroniques et récurrents dont l’origine est attribuée au tube digestif, mais pour lesquels aucune anomalie, en particulier coloscopique, ne peut être mise en évidence. Les critères de ROME IV en donnent une définition claire : une douleur abdominale chronique, à moins un jour par semaine dans les trois derniers mois, associée à au moins deux des points suivants : être en relation avec la défécation ou être associée avec une modification de la fréquence ou de l’aspect des selles évaluées par l’échelle de Bristol. On peut individualiser plusieurs sous-types de SII, selon le type prédominant de trouble du transit : SII-C (constipation), SII-D (diarrhée), SII mixte, SII non classé (1). Cinq pour cent de la population souffre de SII selon la classification actuelle assez restrictive. Il concerne davantage les femmes qui sont deux fois plus fréquemment touchées que les hommes. Ce syndrome digestif entraîne une altération de la qualité de vie dans tous les domaines : relation, travail, sommeil, alimentation (2). Il génère des coûts de santé directs via les consultations et les médicaments, et des coûts indirects avec des arrêts de travail répétés, un absentéisme et des difficultés de scolarité pour les enfants (3).

Une relation entre stress et microbiote

Sur le plan physiopathologique, le SII fait intervenir des mécanismes à la fois centraux et périphériques. Au niveau périphérique, on constate des troubles de la motricité et une micro-inflammation. Concrètement, « Pour deux tiers des patients, manger aggrave les symptômes », indique le gastro-entérologue. Au niveau central, il existe une hypersensibilité viscérale dans deux tiers des cas. Le Pr Sabaté évoque aussi les facteurs psychologiques souvent invoqués comme la dépression et l’anxiété ou les abus sexuels dans les antécédents. Le microbiote est un élément clé :
« Entre stress et microbiote, il y a des données observationnelles chez l’homme où on voit des différences entre dépressifs et non dépressifs. Chez l’animal, des expériences montrent que le microbiote modifie le profil anxio-dépressif des souris »
, explique, pour sa part, le Pr Harry Sokol (hôpital Saint-Antoine, Paris).

Le rôle du microbiote dans le SII est également étayé par plusieurs constatations : une exacer-bation sous antibiotiques (4), une pullulation bactérienne dans l’intestin grêle (5) et, surtout, une différence de microbiote entre sujet atteint de SII et sujet sain sur l’analyse moléculaire de l’ARN 16S (6). « On voit une diminution des bifidobactéries et une augmentation des firmicutes », explique le Pr Sabaté. Mais ces anomalies ne sont pas toujours présentes, elles concernent deux tiers des patients (7). On espère, dans l’avenir, avoir une signature plus claire pour disposer d’un test diagnostique.

En dehors de la causalité, la composition du microbiote a une influence sur le transit et la sévérité des troubles. La sévérité des symptômes est associée à une moins grande diversité du microbiote et une flore moins riche en Clostridia et Prevotella, indépendamment de l’alimentation ou de médicaments (8). D’après une étude comparant des patients atteints de SII-D à des sujets sains, la dysbiose, ou déséquilibre du microbiote, est liée à des anomalies du pool des sels biliaires qui sont corrélées au nombre et à la consistance des selles (9).

Côté prise en charge, le régime pauvre en FODMAP (Fermentable Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols) permet de limiter des problèmes de transit liés aux sucres fermentescibles (10). Il peut y avoir un bénéfice, mais la modification de la richesse de l’alimentation peut induire une dysbiose et conduire à un appauvrissement de la biodiversité. « Ces régimes sont très difficiles à suivre car très restrictifs et peuvent donner des carences », précise le Pr Sabaté. Le microbiote pourrait être une solution : une étude canadienne de 6 semaines évaluant l’intérêt d’une bifidobactérie montre que le probiotique permet une diminution de la zone de l’amygdale impliquée dans les émotions négatives, une réduction des scores de dépression et une amélioration de la qualité de vie (11). « Les patients sont souvent insatisfaits des traitements conventionnels (12). En raison des différents mécanismes, le microbiote est une piste intéressante », commente le Pr Sabaté.
« Parmi les probiotiques, je choisis ceux qui ont des études avec une forme particulière disponible dans le commerce, car on ne peut pas extrapoler d’un probiotique à un autre ».

Muriel Gevrey

SP-20.102

SP-20.40
Réalisé par l'Agence Profession Santé pour Biocodex