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Microbiote et transplantation fécale

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« Le microbiote de notre intestin est une cible thérapeutique potentielle intéressante ». Aujourd’hui, les fonctions du microbiote pour l’hôte que nous sommes sont connues : action sur le métabolisme, barrière contre les pathogènes, modulation de nos fonctions cérébrales… De ce fait, il apparaît naturel de penser, qu’en cas d’altération, ce microbiote joue un rôle dans la pathologie et que, peut-être, le modifier, l’enrichir, constitue une option de traitement pertinente. C’est en tout cas, actuellement, le fruit de nombreuses réflexions. « Pour agir sur le microbiote intestinal, nous disposons aujourd’hui de différents outils : les antibiotiques, les pré et probiotiques, la transplantation de microbiote fécal », explique le Pr Harry Sokol.

La transplantation de microbiote fécal (TMF) consiste en l’introduction des selles d’un donneur sain dans le tube digestif d’un patient receveur afin de rééquilibrer la flore intestinale altérée de l’hôte (1). Si l’acte technique ne pose pas de difficultés particulières, avec une administration par sonde naso-gastrique ou naso-jéjunale, par lavement, par coloscopie ou par gélules, les données sont pour l’instant insuffisantes pour un déploiement de la TMF dans les pathologies chroniques notamment. La seule indication validée est l’infection récidivante à Clostridium difficile (2) avec des taux de succès démontrés importants.

La transplantation de microbiote fécal, une longue histoire

Comme le rappelle Harry Sokol, La TMF ne s’appuie pas sur une idée nouvelle. Elle est, en effet, citée dans la littérature médicale chinoise du IVe siècle pour traiter les épisodes de diarrhées sévères ou les intoxications alimentaires. Des centaines de cas de recours à la TMF ont été décrits jusqu’aux années 2000, mais en 2013, la première étude randomisée contrôlée, évaluant la TMF dans les infections à Clostridium difficile (3), a constitué un élément majeur. « Dans cette étude, le traitement de référence a obtenu des taux de réussite de l’ordre de 20 à 30 %, alors que ceux de la TMF se situaient entre 80 et 90 %. L’étude a même été arrêtée précocement car il a été jugé non-éthique de la poursuivre avec une telle différence », ajoute Harry Sokol. Ces résultats, confirmés par plusieurs autres parutions depuis, ont contribué à l’intérêt grandissant de la recherche pour la TMF et à son indication dans le traitement de l’infection multi-récidivante à Clostridium difficile (à partir de la deuxième récidive). D’autres essais randomisés contrôlés ont ainsi été menés dans la rectocolite hémorragique (4-6), le syndrome de l’intestin irritable (7, 8) ou le syndrome métabolique (9, 10). Les conclusions sont encourageantes avec des résultats qui montrent, pour la plupart, une action de la TMF ; en revanche, celle-ci reste faible ou sans effet sur la symptomatologie ou encore transitoire.

En dehors de l’infection  multi-récidivante à Clostridium difficile, des questions restent non résolues

Pour Harry Sokol, « Il existe de nombreuses indications potentielles pour la TMF mais les données sont pour l’instant insuffisantes et de nombreuses questions sont non résolues ». Ces questions sont d’ordre pratique : sélection du donneur, préparation du receveur, schéma d’administration… et aussi plus conceptuelles : composition du microbiote à transplanter, existence ou non d’une compatibilité donneur / receveur, phase de la maladie à privilégier (poussées, rémission), risque de transmission de pathologies chroniques… Elles laissent présager de nombreuses études à venir.

Caroline Nidelet

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