En partenariat avec

Microbiote et traitement du cancer

Article

 « Le microbiote en relation avec l’efficacité et la tolérance des immunothérapies anticancéreuses »

De nombreuses études expérimentales et cliniques montrent des interactions multiples entre la composition du microbiote et la réponse en efficacité et en toxicité au traitement anticancéreux.

 

Le microbiote est étudié dans l’immunothérapie, notamment les anticorps monoclonaux anti-CTLA-4 et anti-PD-1 qui sont des inhibiteurs des points de contrôle immunologique (ou inhibiteurs de checkpoint). La diversité du microbiote et la présence de populations spécifiques de bactéries sont associées à une bonne réponse à l’immunothérapie et à sa toxicité intestinale. Le Pr Franck Carbonnel (hôpital Bicêtre, AP-HP, université Paris-Saclay) précise : « C’est avec l’immunothérapie où l’interaction entre le microbiote, l’efficacité et la toxicité est la mieux montrée ».

Pour les deux classes anti-CTLA-4 et anti- PD-1 utilisées dans plusieurs types de cancers (cancer du poumon, mélanome…), l’efficacité a une contrepartie en toxicité avec des effets indésirables immuno-médiés sur la peau, l’intestin, l’hypophyse, le foie, le poumon et le cœur. Sur le système gastro-intestinal, ces effets indésirables sont fréquents surtout en cas d’association d’immunothérapie et ils ressemblent à des formes accélérées de maladies chroniques inflammatoires de l’intestin. Huit pour cent de colites érythémateuses, 13 % de colites érosives et 79 % de colites ulcérées surviennent sous ipilimumab. Il existe un lien entre le microbiote, la survenue d’une colite et la réponse à l’ipilimumab de telle sorte que la composition du microbiote permet de prédire l’efficacité et la toxicité de l’immunothérapie. Chez les patients atteints de mélanome, la colite et la réponse antitumorale à l’ipilimumab sont dépendantes du microbiote intestinal, selon une étude sur 26 cas comportant un recueil de selles au départ, puis à chacune des cinq visites (1). La composition et la diversité du microbiote ne sont pas modifiées par l’ipilimumab, mais les colites à l’ipilimumab sont associées à une dysbiose : « Cette modification va dans le sens d’une diminution des firmicutes », indique le spécialiste. Les patients ayant un taux bas de firmicutes sont les plus prédisposés à la colite et c’est l’inverse avec les Bacteroides. Les similitudes des colites des immunothérapies avec les colites inflammatoires sont la diminution de la diversité bactérienne et les faibles proportions de firmicutes (Lachnospiraceae, Ruminococcaceae, Clostridium IV, etc.). D’un autre côté, la principale différence est l’absence de l’implication des Proteobacteria et la nature des espèces bactériennes. Pour les anti-PD-1, la diversité du microbiote intestinal est plus importante chez les répondeurs que chez les non-répondeurs. Le microbiote intestinal module la réponse antitumorale aux anti-PD-1 chez 112 patients avec mélanome (2). La survie sans progression est plus longue chez les malades ayant beaucoup de Faecalibacterium et c’est l’inverse pour les malades ayant beaucoup de Bacteroïdales.

 

Peut-on modifier le microbiote ?

 

« Les probiotiques constituent un sujet compliqué, car on ne sait pas, parmi l’implantation au sein de l’intestin, lesquels sont gardés et en quoi ils modifient la composition initiale du microbiote », note le gastro-entérologue. La transplantation fécale est une piste intéressante, un essai va démarrer début 2021. En ce qui concerne le cocktail de bactéries, dans une étude chez les souris porteuses de tumeurs traitées par PD-1 avec ou sans bactéries ajoutées, les souris qui ont le plus réduit leur volume tumoral recevaient un anti-PD-1 et un cocktail de 11 bactéries. Ces résultats restent à confirmer en clinique.

Muriel Gevrey

SP-20.40
Réalisé par l'Agence Profession Santé pour Biocodex