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Microbiote et rhumatismes Inflammatoires

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« Microbiote et rhumatismes inflammatoires : des preuves en faveur d’une connexion forte »



Les rhumatismes inflammatoires chroniques font partie des « maladies complexes ». Ces pathologies regroupant polyarthrite rhumatoïde (PR), rhumatisme psoriasique et spondylarthrite ankylosante (SpA) concernent plus de 300 000 personnes en France générant des limitations fonctionnelles, un absentéisme conséquent et un coût sociétal élevé. Ils gardent de nombreuses inconnues physiopathologiques qui commencent à être élucidées : « Au-delà des prédispositions génétiques, il faut se tourner vers les facteurs d’environnement et, parmi ceux-ci, le microbiote intestinal est probablement l’un des plus intéressants », indique le Pr Maxime Breban.

Au fil du temps, les modèles expérimentaux ont apporté des preuves en faveur d’une connexion forte entre le microbiote et les rhumatismes inflammatoires. « Il existe une relation évidente entre une arthrite induite et le microbiote intestinal sur le modèle de PR de la souris KBxN », précise le rhumatologue. Pour preuve, lorsque les animaux sont placés en isolement stérile, l’introduction de micro- organismes provoque un changement local du microbiote intestinal et déséquilibre la réponse immunitaire en favorisant l’auto-im-munité dans les sites articulaires distants (1).

Le rôle de l’alimentation et des infections

Chez l’homme, on a identifié des bactéries commensales en relation avec le dévelop-pement des arthrites inflammatoires. Des chercheurs ont observé que les patients  atteints de PR hébergeaient un micro-biote perturbé à la fois dans l’intestin et la bouche (2). Il y a un déséquilibre quantitatif en faveur d’une bactérie particulière, Lactoba-cillus salivarius, et il est démontré que l’abon-dance de Lactobacillus salivarius est cor- rélée à l’activité de la PR. Le modèle d’arthrite réactionnelle montre que l’influence bacté-rienne sur la sphère articulaire peut s’exercer à travers une infection intestinale (entéro-bactérie) ou génitale (Chlamydiae) avec une séquence chronologique infection-atteinte articulaire. L’hygiène hydrique ou alimentaire est, elle aussi, corrélée avec la sévérité de la spondylarthrite (3). Plus surprenante : l’existence d’une relation entre le développement d’une SpA et un certain type d’alimentation maternelle au sein d’une même fratrie. Une étude montre que les cas de SpA ont moins souvent bénéficié de l’allaitement maternel que les témoins (4).

L’apport du séquençage

La spondylarthrite pourrait être considérée soit comme une maladie inflammatoire aggravée par des facteurs environnementaux incluant les antigènes bactériens, soit comme une maladie infectieuse avec une composante génétique favorisant la persistance des bactéries et les phénomènes inflammatoires. Pour explorer ces hypothèses, des modèles transgéniques de rats HLA-B27 ont été utilisés (5). Selon le nombre croissant de copies de HLA-B27 et de bêta-2 microglobuline, le phénotype va de la spondylarthrite isolée à la pathologie rhumatismale associée à une atteinte psoriasique cutanée et une expression intestinale. Ce modèle des rats transgéniques HLA-B27 illustre bien le rapport entre l’inflammation articulaire et les modifications de la composition du microbiote, avec une augmentation d’Escherichia coli et des Bacteroides, et une réduction de Faecalibacterium prausnitzii. S’agit-il d’une cause ou d’une conséquence ? En isolement stérile, l’ensemble des réactions inflammatoires diminue et, surtout, si on recolonise par ces bactéries commensales, on redéclenche le phénomène et l’antibiotique (imipénem, vancomycine) le prévient. On peut donc considérer que le rôle causal du microbiote s’affirme. Chez l’homme, l’analyse en métagénomique des selles de patients SpA et témoins PR ou sains avec séquençage 16S va beaucoup plus loin (7). Elle montre que la composition est différente entre les témoins sains et les deux groupes inflammatoires, et est propre à chacune des deux maladies inflammatoires. « La com-position du microbiote distingue SpA, PR et témoins sains », résume le Pr Breban. « La diversité du microbiote est réduite dans la SpA et la PR », ajoute-t-il.

Implication causale possible de Ruminococcus gnavus

Dans une cohorte de réplication comportant 38 patients atteints de SpA, 11 patients souffrant de PR et 51 témoins, il ressort l’implication de Ruminococcus gnavus pour établir un élément fort du lien entre des rhumatismes inflammatoires et le microbiote intestinal. « Il y a une corrélation directe dans le sous-groupe de MICI avec index évolutif de spondylarthrite ankylosante et Ruminococcus gnavus ; il pourrait y avoir une relation de causalité », précise le rhumatologue. Cette bactérie cocci à Gram positif anaérobie stricte commensale, présente dans 50 % de la population, a des propriétés originales. Le Pr Breban explique : « Son augmentation dans la maladie de Crohn est prédictive de rechute après résection intestinale (8). Elle peut lyser la mucine constituant le mucus du côlon (9) ».

Muriel Gevrey

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