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Microbiote et pathologies liées au vieillissement

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« Le déséquilibre du microbiote peut être la conséquence ou la cause du vieillissement pathologique »

La qualité du microbiote est impliquée dans la longévité. Une étude faite chez les centenaires en Sardaigne montre que leur corpus microbien s’est adapté (1). Le Pr Rémy Burcelin (Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires, Toulouse) affirme : « On est capable de caractériser l’âge par rapport au microbiote ». Si le microbiote est relativement stable au cours du temps, sa diversité a tendance à se réduire quantitativement et fonctionnellement. Il en est tout autre dans le vieillissement pathologique où l’écologie microbienne se déséquilibre radicalement. « La dysbiose progressive va renforcer la notion de vieillissement pathologique »,ajoute le spécialiste. Les données épidémiologiques suggèrent, en effet, que la relation est bidirectionnelle entre microbiote et vieillissement (2). L’influence du microbiote est ubiquitaire : le microbiote produit des cofacteurs régulateurs des fonctions biochimiques anaboliques, notamment pour la synthèse des fibres musculaires, si importantes dans le mouvement, la marche et l’autonomie des seniors. Ainsi, une rupture de l’écologie microbienne intestinale peut conduire à la sarcopénie et à la fragilité caractéristiques du vieillissement pathologique (3).

La perméabilité intestinale, clé du vieillissement pathologique

Le premier acteur du vieillissement est l’épithélium intestinal. Une dysfonction épithéliale peut concourir à l’obésité, au diabète et aux pathologies cardio- vasculaires, toutes comorbidités qui marquent un tournant au cours de l’avancée en âge. Dans l’obésité, une étude montre que la richesse de l’écologie bactérienne diffère entre les sujets obèses et les témoins, avec une diminution de la quantité de bactéries intestinales chez les obèses. Par rapport aux sujets contrôles, les obèses ont des marqueurs métaboliques plus inflammatoires et annonciateurs d’un syndrome métabolique (insulino-résistance, dyslipidémie) (4). En recherche, le programme franco-espagnol Thinkgut (Prédiction personnalisée de la cognition par le microbiote humain), lancé le 15 juin 2020, travaille sur la relation entre le microbiote et la cognition dans le cadre du vieillissement et de l’obésité.

Le séquençage de l’ADN du microbiote intestinal du patient diabétique de type 2 montre que la dysbiose se caractérise par une déviation progressive de l’équilibre microbien vers l’état pathologique qui, lui-même, retentit sur le microbiote. « Un vrai cercle vicieux », indique le Pr Burcelin. Il y a également un impact du microbiote sur la fonction cardiovasculaire : dans l’HTA, l’oxyde de triméthylamine produit par les bactéries et transformé par le foie augmente les dépôts athéromateux instables (5).

Un deuxième acteur est le système nerveux intestinal et, plus précisément, l’axe microbiote-intestin-cerveau.

Au cours du vieillissement pathologique, une altération de l’axe intestin-cerveau contribue aux mécanismes neurodégénératifs, avec un déclin des fonctions mnésiques et cognitives (6). Les mécanismes sont associés au passage transépithélial de molécules bactériennes pro-inflammatoires telles que les lipopolysaccharides (LPS), des peptidoglycanes et des molécules plus spécifiques qui peuvent agir sur le cerveau comme les acides gras à chaîne courte, dérivés du tryptophane (7).

L’objectif de prévention du vieillissement pathologique est de rétablir la stabilité de l’équilibre du microbiote et d’augmenter sa diversité. Une possibilité est d’agir sur son alimentation dans la mesure où la composition du microbiote est variable selon la part des grandes classes d’aliments dans le régime alimentaire. « L’ajout d’antioxydants ou d’anti-inflammatoires peut se concevoir, mais leur effet est peu spécifique et non dénué de risque immunitaire sur le long terme », indique le Pr Burcelin. On peut aussi préconiser un enrichissement en fibres alimentaires (substrats des bactéries importantes pour l’équilibre). Les probiotiques/synbiotiques/cobiotiques permettent d’apporter une aide supplémentaire nécessaire. Il est important d’envisager des biotiques adaptés dans une attitude de prévention primaire avant la survenue des comorbidités. Il reste que les preuves cliniques d’efficacité sur le long terme n’ont pas été démontrées pour les probiotiques, mais plusieurs travaux fondamentaux sont à mettre à leur crédit. Une étude expérimentale chez la souris a ainsi montré que l’administration de probiotiques réduisait la concentration de protéine tau impliquée dans la maladie d’Alzheimer (8).

Muriel Gevrey

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