En partenariat avec

Microbiote et pathologie de la peau

Article

« Le microbiote, un acteur important des pathologies inflammatoires de la peau »

Le microbiote normal de la peau se caractérise par une grande diversité puisqu’on y trouve des bactéries, des virus, des champignons et même des arthropodes qui constituent une flore commensale équilibrée et diversifiée. Le mieux exploré est le composant bactérien où résident en permanence des bactéries commensales qui peuvent devenir pathogènes en cas d’immunodépression.

La composition du microbiote cutané dépend de la topographie et de la présence ou non d’annexe sudorale ou sébacée. L’apport local d’oxygène, d’eau ou de sébum modifie la composition du microbiote. Globalement, « quatre phyla (embranchements phylogénétiques des bactéries) prédominent sur la peau : ce sont les Actinobacteria, les Proteobacteria, les Firmicutes et les Bacteroidetes », souligne le Pr Lacour.  « On est très différents les uns des autres et la composition est très différente selon la topographie, on n’héberge pas le même microbiote au niveau de la tête, du thorax ou de la plante des pieds ».  Cette grande variabilité interindividuelle est renforcée par le climat, l’exposition aux UV, l’hygiène, les cosmétiques, les antibiotiques, le sexe ou l’âge. L’évolution du microbiote chez le très jeune enfant démontre une colonisation progressive de la peau qui peut tempérer l’émergence de pathologies inflammatoires. « Le microbiote a un rôle dans la prévention de la colonisation de la peau par des pathogènes », explique le spécialiste. Physiologiquement, les peptides microbiens et bactériocines exercent une interaction avec le système immunitaire inné et adaptatif de la peau avec l’intervention des kératinocytes et des cellules dendritiques. L’environnement des CD8 limite les pathogènes sur la peau.

Un déséquilibre du microbiote (ou dysbiose) aggrave certaines pathologies dermatologiques. La dermatite atopique (DA), ou eczéma atopique, est une anomalie de la barrière cutanée permettant à l’environnement d’agresser les kératinocytes, ce qui déclenche la production en excès de cytokines avec un profil Th2 caractérisé par la sécrétion d’interleukines 4-5-13 déclenchant une cascade inflammatoire.

Les cultures bactériennes montrent la présence de staphylocoques chez les patients ayant une DA exposant la peau atteinte à un risque de surinfection et à un effet pro-inflammatoire aggravant. Les peptides antimicrobiens sont diminués dans la DA, des travaux récents montrent que les IL-4-13 peuvent inhiber leur sécrétion (1).

La dysbiose est présente dans la DA avec une diminution importante de la diversité du microbiote lors des poussées aiguës. « Une grande caractéristique est la prédominance du staphylocoque sur la peau lésée lors des poussées avec un retour progressif à la normale quand l’eczéma est contrôlé », explique le dermatologue. « Des travaux récents montrent que si on traite avec une biothérapie, on a une normalisation du microbiote cutané, une réapparition de la diversité et une diminution de S. aureus », explique le spécialiste (2).

Un vaste champ à explorer

Peut-on moduler le microbiote cutané ? L’intérêt des probiotiques par voie orale a été étudié dans de nombreuses études pour prévenir la DA chez le nouveau-né prédisposé génétiquement et pour améliorer des poussées inflammatoires chez des malades souffrant de DA avec des résultats mitigés. Quant aux probiotiques cutanés, « on a quelques données chez la souris, la modulation du microbiote cutané améliore l’état cutané et on espère un effet de modulation inflammatoire de la DA », explique le Pr Lacour.

On a aussi observé une dysbiose dans l’acné, pathologie pour laquelle le rôle de Cutibacterium acnes (C. acnes) et l’effet positif des antibiotiques sont reconnus depuis longtemps. L’acné se caractérise par la perte de diversité de C. acnes, une prédominance du phylotype IA1, une activation de l’immunité innée et une interaction de Staphylococcus epidermidis et C. acnes. Ces données pourraient mener à une modification de la stratégie thérapeutique en agissant sur les microbiotes topiques.

Un domaine intéressant est celui du mélanome métastatique avec des progrès importants grâce à des inhibiteurs de checkpoints. On s’est aperçu que les mauvais répondeurs avaient une dysbiose intestinale (3). D’autres pathologies inflammatoires où intervient la dysbiose comme les folliculites du cuir chevelu (C. acnes), la rosacée (Demodex), les dermatites alopéciantes (Staphylococcus aureus) et la dermite du siège du nourrisson constituent un grand champ d’exploration du microbiote en dermatologie.

 

Muriel Gevrey

SP-20.70

SP-20.40
Réalisé par l'Agence Profession Santé pour Biocodex