En partenariat avec

Microbiote et maladies neurodégénératives

Article

Des données préliminaires intéressantes à confirmer

« Dans le domaine des maladies neurodégénératives, la maladie de Parkinson est une pathologie modèle de l’atteinte de l’axe intestin-cerveau. »

Portées par la tendance actuelle qui consiste à impliquer le microbiote dans toute pathologie, de nombreuses revues se sont penchées sur son éventuel rôle dans les maladies neurodégénératives. Même si certaines données paraissent intéressantes, elles restent toutefois préliminaires et ne permettent en rien d’extrapoler, à l’exception de la maladie de Parkinson qui peut être considérée comme LE modèle de l’atteinte de l’axe intestin-cerveau dans les maladies neurodégénératives.

La maladie de Parkinson, une maladie du système nerveux central…

La maladie de Parkinson se caractérise par des troubles moteurs dus à deux phénomènes neuropathologiques : la perte de neurones dopaminergiques dans le mésencéphale et l’existence d’inclusions intra-neuronales (corps de Lewy), ces derniers signant la maladie.

…et du système digestif

Dès 1817, date de la description de la maladie par James Parkinson, la présence de troubles digestifs à titre de constipation opiniâtre avait déjà été rapportée chez certains patients. Considérés alors comme anecdotiques, il a fallu attendre la découverte de la présence de corps de Lewy dans les neurones du système nerveux entérique pour qu’on s’attarde sur cette singularité. Mais ce n’est véritablement qu’au début des années 2000 que l’intérêt pour le volet digestif de la maladie a été relevé grâce aux techniques immunohistochimiques permettant une détection beaucoup plus précise des corps de Lewy. Cette évolution technologique a alors permis de constater que 80 à 90 % des patients parkinsoniens présentaient des lésions digestives. Comme l’énonce Pascal Derkinderen, neurologue, « au fil des avancées, la maladie de Parkinson est passée d’une maladie caractérisée de centrale à une maladie quasi-obligatoirement digestive tant d’un point de vue clinique que neuropathologique. »

L’axe intestin-cerveau

« Quand on parle d’axe intestin-cerveau, on évoque les liaisons existantes entre le tube digestif, les neurones entériques et le système nerveux central ». Celles-ci se font classiquement par voie neuronale grâce aux systèmes sympathiques et parasympathiques, en particulier le nerf vague. D’autres types de communication peuvent aussi avoir lieu par le biais de médiateurs bactériens et de certaines cytokines qui pourraient être médiés par des éléments inflammatoires au niveau de la lumière digestive, et liés à des modifications du microbiote. Dans ce cas de figure, la modification de la perméabilité de la paroi digestive jouerait un rôle clé. « Il existe un certain nombre d’articles dont les résultats sont conflictuels. Toutefois, certains montrent qu’il y aurait effectivement une augmentation de la perméabilité digestive chez les malades parkinsoniens. »

L’intérêt grandissant pour le microbiote

Du fait de leur prolongement jusqu’au niveau des cellules épithéliales, certains neurones du plexus sous-muqueux ont des terminaisons nerveuses à quelques microns de la lumière digestive et donc du microbiote. Cette structure anatomique suscite ainsi l’intérêt de rechercher les anomalies du microbiote des patients parkinsoniens.

En 2018, 15 études s’intéressant au microbiote ont été recensées. Bien que de qualité hétérogène, la tendance qui semble se dessiner est celle d’une flore plutôt pro-inflammatoire. « Les résultats de l’étude que nous avons conduite à Nantes sur l’inflammation digestive des patients parkinsoniens ont montré une augmentation globale de l’expression du messager des principales cytokines pro-inflammatoires (interleukines 6 et 1 bêta, interféron gamma, TNF). Cette élévation était principalement retrouvée chez les personnes ayant moins de 5 à 6 ans d’évolution de la maladie. » D’autres études sur une population de personnes souffrant de troubles du comportement en sommeil paradoxal, affection pré-annonciatrice de la maladie de Parkinson, ont révélé une modification du microbiote. « Différentes données laisseraient donc à penser qu’il y aurait une modification de la composition du microbiote à un stade précoce de la maladie. »

Des pistes captivantes à creuser

« Une étude parue dans Cell en 2016 (1) portant sur le rôle du microbiote dans le développement et la progression de la maladie de Parkinson a interpellé les esprits. » Suite aux transferts de surnageant fécal de 6 malades parkinsoniens ayant une atteinte assez sévère, les problèmes moteurs des souris stériles greffées ont été accélérés avec le matériel de 5 des 6 patients. « Même si la conclusion de cet article mérite d’être confirmée, on peut penser qu’il existe probablement un effet facilitateur au niveau de la flore digestive pour le développement de la maladie. »

Une absence de données pour les autres maladies neurodégénératives

Dans la maladie d’Alzheimer et la sclérose latérale amyotrophique, il n’existe que très peu d’études solides. Aucune donnée n’a pu mettre en évidence l’existence de lésions similaires aux systèmes nerveux entérique et central.

« En conclusion, la maladie de Parkinson est un peu le modèle de ces maladies de l’axe intestin-cerveau pour laquelle il y a probablement une atteinte non seulement neuropathologique, mais aussi globalement du microbiote intestinal. En revanche, il est vraiment trop tôt pour essayer d’étendre ce modèle à d’autres maladies neurodégénératives. »

Marie Sparte

SP-20.105

SP-20.40
Réalisé par l'Agence Profession Santé pour Biocodex