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Microbiote et maladies métaboliques

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« Les maladies métaboliques, dont notamment l’obésité, sont associées à des modifications de la composition du microbiote intestinal. »

« L’obésité ou les obésités, devrions-nous plutôt dire, sont des pathologies complexes. Ce sont des maladies d’organes et de systèmes, mais également de communication entre structures », énonce comme principe central le Pr Karine Clément (Inserm NutriOmique Sorbonne Université, Pitié-Salpêtrière, Paris). Longtemps considérés comme de simples cellules de stockage des graisses, les adipocytes ont gagné en notoriété en acquérant, grâce à la découverte de la leptine, le statut de cellules sécrétrices endocrines. La connaissance de cette nouvelle fonction a permis alors de comprendre l’impact des variations de la masse graisseuse lors de la prise de poids, sur la sécrétion hormonale (leptine) et la balance immuno-inflammatoire (TNF-alpha, IL-6) (1). Du fait du dialogue entretenu entre le tissu graisseux et le cerveau, les muscles, le cœur, le système immunitaire, le foie, il est légitime de penser que tout changement au sein de ces organes, et plus particulièrement au niveau du système intestinal et de son microbiote, pourrait avoir des conséquences sur le tissu adipeux et ses fonctions.

Lien entre modifications du microbiote intestinal et variations pondérales

L’idée d’une relation entre le microbiote et les maladies métaboliques est née de « l’observation de souris axéniques (dépourvues de microbiote) qui, soumises à un régime gras, grossissaient moins que les souris pourvues de flore intestinale », relate Karine Clément, suggérant ainsi « que certains facteurs du microbiote joueraient un rôle dans la prise de poids ». Cette théorie a été étudiée plus en détails dans le cadre d’expériences de transferts fécaux de souris obèses vers des souris non obèses et sans germe, dont les résultats ont montré la reproductibilité de certains effets chez les souris receveuses comme la susceptibilité accrue à la prise de poids. Il semblerait donc que « la colonisation par le microbiote entraînerait la régulation de la fixation des acides gras dans les tissus, entre autres par la stimulation de la lipoprotéine lipase qui favorise l’augmentation de la masse grasse ». Ceci tend à prouver l’importance du microbiote dans la régulation de la masse graisseuse, mais il convient de préciser que l’environnement alimentaire joue également un rôle clé dans ce phénomène, les effets dépendant aussi de la diététique. « Ces modèles permettent donc de dessiner des conclusions intéressantes. Toutefois, il convient de rester prudent car ces souris axéniques sont différentes au niveau de l’immunité intestinale », précise Karine Clément.

Diversité et richesse du microbiote : deux éléments clés

Le séquençage du microbiote des personnes en surpoids ou obèses a montré qu’une fraction de ces sujets avait une perte de diversité et de richesse bactérienne, et que ceux-ci étaient plus susceptibles d’être résistants à l’insuline, avec une augmentation des triglycérides, des acides gras et de l’inflammation de bas grade. De plus, à la progression du surpoids et de l’obésité est associée une augmentation de l’appauvrissement de la richesse bactérienne. Toutefois, celle-ci n’est qu’un élément de la dysbiose : on observe, en effet, chez les personnes en surpoids des perturbations de la composition microbienne, avec un enrichissement ou une déplétion en certains groupes bactériens. Quelques-uns sont associés à l’augmentation de la graisse viscérale, au diabète type 2 et aux maladies métaboliques, comme par exemple Bacteroides vulgatus (2). À l’inverse, les personnes dont le microbiote est riche en Akkermansia muciniphila ont plutôt un IMC bas, une diminution des marqueurs hépatiques et sont moins résistantes à l’insuline (3).

Comment corriger la dysbiose ?

L’un des principaux facteurs de variation du microbiote est l’alimentation, avec une relation très forte entre la diversité alimentaire et celle du microbiote. En ce qui concerne les probiotiques, les études chez l’homme sont encore peu nombreuses, menées sur de faibles effectifs. À ce jour, les interventions au moyen de probiotiques (Lactobacillus gasseri, etc.) ont globalement un effet modeste et très variable d’un individu à l’autre sur l’amélioration de la sensibilité à l’insuline, l’inflammation et le poids. Quant au transfert de microbiote fécal, une amélioration de la sensibilité à l’insuline est retrouvée chez des patients obèses répondeurs, ceux dont la diversité bactérienne est initialement faible.
« Concernant les pré- et probiotiques, nous sommes véritablement au début d’un système et nous devrons être attentifs au devenir des probiotiques de troisième génération, lesquels vont suivre le parcours des médicaments pour démontrer leur efficacité ». De nombreuses questions restent en suspens mais ouvrent tous les champs des possibles.

Marie Sparte

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